Stephen et les marchés

          IClins d'oeil

               Fatia (...)

                    Poignées de mains enfantines (...)

               Mano et son jardin (...)

                     Amélie, la joie de vivre (...)

               Mathilde, petite maîtresse femme (...)

               Un silence (...)

             


Stephen et moi nous étions rencontrés sur un marché de Rotterdam, devant un vendeur de légumes. Il achetait une sorte de cucurbitacée que je ne connaissais pas et je lui avais demandé comment il les cuisinait. Il m’avait sourit puis expliqué qu’il s’agissait d’une variété de courgettes assez ancienne. Cependant, malgré leur rareté, il parvenait toujours à en trouver. Elles pouvaient se préparer à l’eau ou bien en salade, mais il m’avait dévoilé en détail sa recette personnelle dans laquelle il ajoutait des pois (d’une variété que je ne connaissais pas non plus!), d’autres légumes, et pleins d’épices aux noms exotiques.

 

Durant mon séjour, j’ai croisé Stephen de nouveau sur le même marché et notre plaisir à échanger était intact. De fil en aiguille, il en était venu à m’avouer son amour (et le mot n’est pas trop fort!) pour les marchés.

 

Il me racontait que s’il y avait un endroit qu’il ne manquait jamais de visiter c’étaient bien les marchés, qu’ils soient petits ou grands. Il aimait voyager et dès qu’il arrivait dans une ville il s’empressait d’en dénicher un. Il y trouvait, selon ses dires, un concentré de la vie de la société. Il parvenait ainsi se familiariser rapidement avec un lieu, à prendre son pouls en quelque sorte.

Au fond, quelque soit le type de marché où Stephen pouvait se rendre, il prenait plaisir à flâner et sur les marchés alimentaires il se laissait emporter par les couleurs, les odeurs mélangées d’épices, de fruits, de légumes. Même quand il ne cherchait rien de précis, il y découvrait toujours quelque chose.

 

Selon Stephen, chacun de ces marchés racontait la vie, les différentes périodes, les fêtes qui se préparent, les crises... Chacun d’eux, à sa façon évoluait selon la période de l’année où même simplement, selon le temps qu’il faisait. Il faisait aussi remarquer qu'un marché pouvait avoir des allures de fourmilière un jour, et la fois d’après être un marché triste et peu achalandé à cause d’une météo pluvieuse.

 

Stephen disait s’être souvenu longtemps des sacs de papayes, de goyaves et de cythères qu’il ramenait à chaque fois à son gîte lorsqu’il séjournait à Grenade. A Dakar, il avait été surpris de découvrir des marchés toujours très animés dans tous les coins de la ville. Certains étaient dédiés à l’alimentation, d’autres à la friperie, aux outils, aux fruits, aux poissons, aux tissus ou aux accessoires en tout genre.

Il me rapportait aussi combien il appréciait la facilité des échanges avec les marchands comme avec des personnes connues de longue date. Il en était de même avec les clients. Il croisait toujours quelqu’un de disponible et heureux (comme je l’ai moi-même été!) de discuter avec lui. Il y rencontrait toujours, en réalité, beaucoup de gens d’horizons divers. Selon lui, c’était comme si chacun se nourrissait, de cette diversité. Il sentait bien, d’ailleurs, que c’était grâce à celle-ci qu’il pouvait trouver ces produits qu’il ne verrait même pas ailleurs.

 

En fait, ce que Stephen semblait apprécier par dessus tout, c’était la spontanéité qui y prévalait. Il aimait l’ambiance, l’animation, les surprises. Il y appréciait les rapports très ouverts qui peuvent se produire entre vendeurs et clients facilités par l’idée sous-jacente que l’on se comprenait en peu de mots peu importe d’où l’on vint.

 

Au fond, c’était sans doute cela que Stephen recherchait. Les marchés en dehors d’être des espaces marchands étaient des lieux où il se sentait simplement un peu plus libre qu’en bien d’autres lieux.