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La solidarité dans Gouverneurs de la rosée (1944), roman de Jacques Roumain (1907-1944)

 

A son retour chez lui à Fonds Rouge en Haiti, après quinze années passées à couper la canne-à-sucre à Cuba, Manuel découvre une terre déboisée et désertique. A force d’être « maltraitée », celle-ci s’est « révoltée » et ne produit plus que « sécheresse, misère et désolation. » C’est aussi un contexte dans lequel « l’un déteste l’autre », où « la famille est désaccordée » et où « les amis d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui…» Toutes ces tensions ne font qu’exacerber la dureté du quotidien.

 

Selon Manuel la fin de la misère ne viendra ni des prières aux loas ni des «cérémonies pour faire tomber la pluie». Il se propose plutôt, avec la complicité d’Annaïse, de trouver la source d’eau et de la partager pour permettre à nouveau à tous de vivre de cette terre à laquelle ils sont attachés. Cela sous-entend de se réconcilier, de revenir à la fraternité, à l’esprit du coumbite. C’est cela qui est au coeur de l’oeuvre et qui fait écho au parcours de l’auteur comme ardent défenseur des droits de l’homme.

 

Ainsi, J. Roumain met en scène avec poésie sa foi en la solidarité, en l’unité, en la force et la grandeur du peuple haïtien. A travers l’expérience de ces habitants des mornes et des plaines, on sent bien que la terre est tout. « Ton morceau de terre est ta liberté » dit Manuel. On perçoit aussi dans ce roman l’intimité et la résonance entre ces personnes et leur environnement. Si les Hommes vont mal la terre va mal parce qu’ils la maltraitent. Si la terre va mal, immanquablement les habitants paient le prix et les liens entre eux en pâtissent. En soulignant ainsi l’importance de vivre en harmonie avec la terre, Roumain révèle sa conscience écologique et pose une problématique tout à fait actuelle et universelle.

 

Pour en revenir au coumbite ou travail agricole collectif, il est l’unique issue. C’est ce que l’on fait «quand on a compris que l’intérêt des vivants passe avant la vengeance des morts ». Il est la manifestation de la solidarité et de la fraternité. Tout cela, Manuel y connaît quelque chose, lui qui, dans les champs de cannes a participé à ces grèves où «ce qui compte c’est la rébellion ». On sent bien sa détermination et son expérience à travers cet extrait:

 

 « Manuel lui montra sa main, ouverte:

Regarde ce doigt comme c’est maigre, et celui-là tout faible et cet autre, pas plus gaillard, et ce malheureux, pas bien plus fort non plus et ce dernier tout seul et pour son compte.

Il serra le poing:

Et maintenant, est-ce que c’est assez solide, assez massif, assez ramassé? On dirait que oui, pas vrai? Eh bien, la grève, c’est ça:un NON de mille voix qui ne font qu’une et qui s’abat sur la table du patron avec le pesant d’une roche. »

 

Enfin, l’histoire d’amour entre Manuel et Annaïse, issus des deux familles qui en étaient venues à s’entretuer pour des histoires de terre est comme le symbole romantique de cette réconciliation et est porteuse d’espoir.

 

Bonne lecture!

 

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