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"Pawòl sé van"

Un dicton guadeloupéen dit: « Pawòl sé van » (littéralement, « La parole c’est du vent.») Certaines personnes le traduisent par le proverbe français selon lequel « les paroles s’envolent... » (« ... et les écrits restent »). Il rappelle surtout que les paroles (et le plus souvent, les promesses!), n’engagent en rien celui qui les prononce, mais bien celui qui fonde sur elles ses espoirs. Sa peine est alors double. Premièrement, il n’a pas ce qu’il attend, deuxièmement, c’est lui que l’on remet en question quand les choses tournent au vinaigre. On lui reprochera d’avoir prises pour vraies de simples « paroles en l’air. »

 

Bref, ce dicton, assurément le reflet d’une forme de sagesse populaire issue d’un grand nombre d’expériences, repose sur l’idée que la parole ne laisse pas de traces concrètes et palpables auxquelles se rattacher en cas de besoin...

 

Pour autant, dire que la parole est du vent n’est-ce pas un peu oublier celles, positives ou négatives, qui nous marquent et qui nous restent dans la tête durant des années ou des décennies? Les premières sont comme le baume au coeur quand elles vous reviennent à l’esprit parfois bien longtemps après. Si c’est un vent, c’est peut-être celui qui, comme le vent fort de la saison du carême, peut emporter le cerf-volant haut, très haut dans le ciel. Les autres peuvent vous blesser à vie. Si elles sont un vent, alors ce serait celui d’un cyclone qui prend les rêves et les envoie se fracasser sur les pierres de la vie, causant des dégâts parfois irréversibles.

 

N’est-ce pas oublier que la parole c’est aussi un art? L’art de raconter, de tenir en haleine, d’émouvoir, de faire rire ou pleurer. C’est aussi l’art de converser, cet exercice qui requiert souplesse et savoir-vivre, pour écouter et parler chacun à son tour. Oui tout un art!

 

Que dire du besoin d’être entendu, du soulagement d’une écoute et d’un bon mot? Que dire aussi de la satisfaction quand on nous laisse prendre la parole pour dire ce que l’on pense ou ce que l’on a sur le coeur?

 

Parler, ce sont des mots que l’on choisi comme autant de pierres pour construire chacune de nos phrases comme des petits ou de grands édifices. Parler nécessite de trouver les mots pour évoquer les petites choses de la vie. C’est aussi simplement, éprouver le plaisir de relater ses aventures, ses petites histoires.

 

Le plaisir d’être ensemble, ça vous parle? N’oublions pas alors la magie de la parole grave ou légère dans les instants passés autour d’un verre ou d’un repas en toute occasion, sous tous les prétextes possibles et imaginables?

 

Et le bien que cela fait de rire d’une bonne blague ou d’entendre une belle histoire?

 

La parole n’est elle pas un peu la soupape de nos imaginaires, de nos mémoires, de nos joies, colères et de bien d’autres choses encore?

 

Et tout ça, ce serait du vent?

 

Eh bien, bon vent à vous alors!

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Commentaires: 1
  • #1

    Nyaako (mercredi, 23 juin 2021 12:17)

    Yes speaking conjures all the pleasant sensations you state:

    'The art of telling, keeping things going, moving, making people laugh or cry.'

    But listening is equally valuable, in the sense: it adds new views that may affirm and reassure us; may contradict but still enlighten us. Communication is endlessly beneficial to humanity - life itself.