Fatia

Sénégal

 

Quand j’ai rencontré Fatia, elle vendait des légumes quelque part en Casamance. Un jour, souhaitant préparer mon repas, je me suis approchée d’elle. Nous avons échangé un sourire, nous nous sommes saluées.

 

J’ai regardé de plus près ses légumes qui me semblaient frais. Je lui ai demandé ses prix et ai fait mon choix. Bavarde et curieuse, elle s’est intéressée à ce qui m’avait emmenée dans les parages, au lieu où je logeais, ainsi qu’à la durée de mon séjour. 

 

Dans le fil de la conversation, elle me dit:

 

 « Moi, c’est Fatia ». 

 

Occupée à compter la menue monnaie qu’elle m’avait remise, je lève la tête et lui réponds par un rapide sourire pour lui signifier que je l’ai entendue et je poursuis mes comptes. 

 

Jentends alors « ...et toi? » Je lève la tête, et un peu surprise, j’écarquille les yeux. Elle, avec un sourire, déclare:

 

« - Oui, je t’ai dit mon nom et tu ne m’as pas dit le tien! »

 

Confuse et surprise de mon degré d’incorrection, je lui ai dit mon nom qu’elle a pris soin de répéter pour s’assurer qu’elle l’avait bien entendu et enregistré.

 

Elle m’a informée qu’elle était tous les jours au même emplacement et qu’il ne fallait surtout pas hésiter à re-passer la voir. Elle m’a remis mon sac de légumes. Je l’ai remerciée et ai pris congé.

 

Par la suite, au fil de mon séjour, je me suis arrêtée à plusieurs reprises à l’étal de Fatia. Elle était toujours aussi enjouée et accueillante, même quand je passais sans faire d’emplettes.

 

J’avais trouvé chez Fatia une curiosité envers l’autre très différente de la mienne. Il est vrai que lorsque l’on voyage, c’est que l’on a un peu de curiosité pour le monde. C’est certainement ce qui justifiait ma présence en Casamance. Néanmoins, toute curieuse que je suis, je me serais bien gardée de lui poser autant de questions d’un coup, et cela dans le souci de ne pas l’importuner. Sa curiosité, en revanche, était franche, directe et non tourmentée. Je sentais bien chez elle l’idée que l’autre est étranger et que s’intéresser à lui c’est aussi l’accueillir.

 

On pourrait  dire qu’elle ne faisait que déployer les outils nécessaires pour vendre ses tomates et ses concombres! Toutefois, s’il est certain que son bagout et son sourire étaient au service de son sens du commerce, il me semblait bien percevoir autre chose et les jours qui ont suivi mon premier achat, j’ai vu l’intérêt que Fatia portait à chacun.

 

Curiosité, sensibilité, écoute, échange, tel était le lot que recevaient (en plus des tomates et des aubergines) tous ceux qui passaient par son étal.

 

La vente, finalement, si elle nourrissait Fatia et sa famille, semblait être aussi l’occasion pour elle d’échanger et d’écouter les autres d’où qu’ils viennent. Ainsi, je voyais bien que ce n’était pas l’étrangère que j’étais qui l’avait intéressée mais simplement la personne. Si ce n’avait pas été sur mon origine ou mon séjour qu’elle m’avait interrogée, je suis certaine qu’elle aurait su trouver quelque chose pour me rendre à ses yeux intéressante.

 

Je n’ai pas eu l’occasion d’aller me confier à Fatia, mais avoir ce genre de personne quand on arrive dans un tel endroit, loin de chez soi, fait qu’on se sent beaucoup moins seul et surtout, beaucoup moins étranger.

 

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