Mathilde, Petite Maîtresse Femme

 

 

Mathilde habitait une petite maison à la campagne avec sa mère et son beau-père, mais il semblait bien que c’était elle la maîtresse de maison. C’était elle qui prenait les grandes décisions relatives à la gestion du foyer et eux, sans se laisser faire pour autant, lui accordaient leur confiance. Dans sa manière de parler d’aller droit au but, sans détour, sans intermédiaire, on pouvait même la trouver un peu autoritaire. En fait, c’était davantage de l’insolence: celle des gens qui n’ont ni doute ni « temps à perdre » comme elle aimait à le rappeler.

 

Sa parole était spontanée et sans filtre. Ce qu’elle avait à dire sortait sans son contrôle et lorsqu’elle s’apercevait qu’elle était allée trop loin, elle éclatait de rire, de ce rire gras et fort que j’entends encore lorsqu’il m’arrive de repenser à elle après toutes ces années.

 

Ce n’est qu’après qu’elle tentait de ramasser les bouts de verre que sa parole avait brisés. Elle expliquait alors, en réprimant un fou rire, ce qu’elle avait voulu dire et ce que, surtout, elle n’avait pas pensé.

 

Est-ce parce qu’elle sentait que son passage serait bref qu’elle était toujours impatiente, qu’elle avait une énergie, une telle soif de vivre ? Elle était toujours partante pour une aventure, une expérience, pour inventer une décoration, pour proposer une sortie, pour organiser quelque chose, bref pour sortir de l’ordinaire. Elle avait toujours «une idée», comme elle disait, et lorsqu’elle commençait ses phrases par «Et si...», nous savions bien qu’il y aurait de l’ambiance. Il y avait toutes ces choses qu’elle aimait, qu’elle savait faire et qu’elle était toujours heureuse de partager.

 

Mathilde parlait vite, parlait beaucoup et parlait fort. Son rire c’était à peu près le même schéma: vite parce qu'elle avait le rire facile qui partait toujours dans un éclat. Beaucoup parce qu'elle riait de tout! Fort, parce qu'elle riait de bon coeur!

 

Elle était sensible et son silence faisait encore plus de bruit. Lorsqu'elle était contrariée, elle n'était pas de mauvaise humeur mais la voir muette et l'esprit ailleurs était terrible mais toujours bref heureusement. C'était alors reparti pour un tour!

 

Au fond, je crois bien, (alors qu’elle ne semblait pas s’embarrasser de manières) que sa plus grande force était qu’elle aimait les gens. Expliquer, parler, échanger, inviter, regarder dans les yeux, toiser au besoin, ça c’était son affaire! Quoi qu’on ait on ait pu lui reprocher, il était indiscutable qu’elle avait bon coeur, et c’est cela qui manque le plus, encore aujourd’hui, à tous ceux qui l’on côtoyée.

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